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Ottobah Cugoano

(vers 1757 – ?)

Un Fanti né près d’Ajimako, ville côtière de l’actuel Ghana, Ottobah Cugoano fut une figure importante et précoce de la lutte antiesclavagiste en Angleterre. Il avait environ 13 ans quand il fut kidnappé, en 1770, avec une vingtaine d’autres garçons et filles par des trafiquants africains. Amené sur la côte, il est vendu à des marchands d’esclaves britanniques. Il embarque pour l’Amérique au fort de Cape Coast (Ghana) et est vendu comme esclave à des planteurs de la Grenade, colonie britannique des Antilles. Il y travaille dans des conditions très difficiles sur une plantation de canne à sucre.

Acheté par un marchand anglais, il est emmené en Angleterre en 1772. Il y est affranchi et, en 1773, baptisé sous le nom de John Stuart, à Londres. Il entre par la suite au service du peintre Richard Cosway, portraitiste de la noblesse anglaise. Il apprend à lire et à écrire et devient l’un des premiers Afro-Anglais à militer contre l’esclavage, en intervenant pour faire libérer des esclaves arrivés sur le sol britannique et en publiant divers textes. Il fut l’ami d’Olaudah Equiano, figure de proue de la lutte contre l’esclavage en Angleterre, ancien esclave à la Barbade qui avait été enlevé dans l’actuel Bénin.

Equiano aide Ottobah Cugoano à publier en 1787 Thoughts and Sentiments on the Evil and Wicked Traffic of the Slavery and Commerce of the Human Species, un ouvrage antiesclavagiste qui rencontra un grand succès, connut plusieurs rééditions et fut traduit en français, sous le titre Réflexions sur la traite et l’esclavage des nègres en 1788 (réédition de cette traduction en 2009, éditions Zones, Paris, avec un avant-propos d’Elsa Dorlin). Cugoano s’y place principalement sur le terrain religieux et philosophique et demande l’abolition immédiate du commerce des esclaves. Il consacre peu de pages à son expérience personnelle mais elles sont marquantes.  En 1789, Olaudah Equiano publie à son tour son propre récit autobiographique, qui a un grand retentissement et une influence décisive sur le genre du récit d’esclave. En 1791, Cugoano publie une version raccourcie de son ouvrage. On ignore tout de sa vie après cette date.

Malgré sa brièveté, l’autobiographie de Cugoano est très intéressante parce que c’est l’un des premiers récits d’un ancien esclave et le deuxième à toucher un public européen, après celui d’Ukawsaw Gronniosaw, publié en Angleterre dès 1770, mais moins militant. Cugoano est aussi, avec Gronniosaw, Equiano et quelques autres,  l’un des rares auteurs à évoquer son enlèvement et sa captivité en Afrique et son arrivée en Amérique. Enfin, il fait partie des quelques récits qui évoquent la vie des esclaves non pas aux États-Unis mais dans les colonies européennes des Antilles (dans son cas la Grenade, britannique).

L’intégralité du court récit autobiographique de Cugoano est proposée en trois parties: