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Lunsford Lane

(1803-après 1863)

Lunsford Lane naquit de deux parents esclaves à Raleigh, en Caroline du Nord. Dès son adolescence, il s’efforce de gagner de l’argent, en coupant du bois la nuit et en vendant du tabac et des pipes. Il profite de ce qu’il est un esclave domestique pour nouer des liens avec des blancs et pour se lancer dans divers commerces avec une seule idée en tête : gagner de l’argent pour acheter sa liberté. En 1828, il se marie. En 1829, à la mort de son maître, un grand planteur qui possédait deux cent cinquante esclaves, sa maîtresse est obligée de vendre certains esclaves et d’en louer d’autres à l’extérieur. Lane décide de développer son commerce de tabac et de verser lui-même à sa maîtresse ce qu’elle obtiendrait en louant ses services, soit une centaine de dollars par an. En sept ans environ, il gagne et met de côté les 1000 dollars qu’elle lui demande pour l’affranchir. La Caroline du Nord n’autorise les affranchissements que dans les cas où un esclave a rendu des services exceptionnels, ce qui n’est pas son cas. Il organise donc un rachat fictif par le propriétaire de sa femme, qui l’emmène ensuite à New York où il obtient les documents certifiant qu’il est désormais libre.

Lane retourne en Caroline du Nord pour travailler afin de réunir les 2500 dollars exigés par le propriétaire de sa femme et de ses enfants. Mais il est bientôt expulsé de l’État au motif qu’il a obtenu sa liberté à New York et que les noirs libres d’autres États sont interdits de séjour en Caroline du Nord. Malgré le soutien de personnes influentes, il est contraint de partir. Il se rend à New York puis à Boston, où il témoigne en faveur de l’abolition dans des églises et des réunions antiesclavagistes. En 1841 et 1842, il retourne de nouveau en Caroline du Nord pour racheter sa femme et ses enfants mais il est arrêté et inculpé pour activité abolitionniste. Il est finalement relâché, en l’absence de preuves, mais une foule hostile s’en prend à lui et le couvre de goudron et de plumes. Avec l’aide d’amis blancs et du propriétaire de sa femme, il réussit à prendre la fuite avec sa femme, ses enfants et sa mère, à bord d’un train pour Philadelphie. Ils s’installent à Boston, où Lane publie peu après leur arrivée son récit autobiographique, The Narrative of Lunsford Lane, Formerly of Raleigh, N.C. Published by Himself, avec l’aide d’une personne non identifiée. Le livre se vend bien et est réédité la même année (1842), puis en 1845 et 1848.

Le récit de Lunsford Lane est original car il affirme d’emblée qu’il fut un esclave relativement privilégié, n’ayant pas eu à travailler dans les champs ni à endurer de mauvais traitements, et qu’il n’entend donc pas dresser un portrait univoquement à charge de l’esclavage. Il insiste en fait davantage sur ses efforts pour gagner de l’argent, son esprit d’entreprise et sur les difficultés juridiques et l’hostilité rencontrées lorsqu’il voulut acheter la liberté de sa famille.

Extraits proposés :

  1. Heures supplémentaires : très jeune, l’auteur prend conscience de ce qu’est l’esclavage et qu’en travaillant la nuit il a une chance de gagner peu à peu de l’argent pour acheter sa liberté (p. 7-10). Le texte au format PDF :
  2. Parole d’évangile ? : Lane, autorisé à fréquenter l’église, explique avec humour l’ambiguïté de l’instruction religieuse pour les esclaves, la seule disponible mais qui prêche l’obéissance aux maîtres (p. 20-21).
  3. Actes de vente de ma femme et de mes enfants : une fois qu’il est lui-même libre, Lane rachète sa famille pour la libérer (p. 53-54).