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Lunsford Lane : Parole d’évangile ?

22/09/2011

« On ne m’avait jamais permis d’apprendre à lire mais j’avais le droit d’aller à l’église, où je reçus une instruction qui, je pense, me fut bénéfique. Il me semblait que l’Évangile m’avait transformé, si bien qu’après avoir obtenu de ma maîtresse une autorisation écrite (indispensable dans ces situations), j’avais été baptisé et reçu dans la communauté de l’Église baptiste. En matière religieuse, j’avais donc eu le droit d’exercer ma propre conscience, une faveur qui n’est pas accordée à tous les esclaves. Le pasteur nous répétait souvent, à moi et à d’autres, que Dieu avait fait preuve d’une immense bonté en nous amenant dans ce pays, loin de la ténébreuse et obscurantiste Afrique, et en nous donnant à entendre l’Évangile. Selon moi, Dieu accordait aussi la liberté sur terre mais les hommes l’avaient dérobée, sans son consentement.

J’entendais souvent des passages des Écritures. Le dimanche, un sermon s’adressait spécifiquement  aux gens de couleur et j’avais le privilège de pouvoir l’écouter. Certains textes me devinrent très familiers : « Esclaves, obéissez à vos maîtres », « pas sous leurs yeux seulement, comme voulant plaire aux hommes » ou « cet esclave qui a connu la volonté de son maître, et qui ne s’est pas préparé et n’a point fait selon sa volonté, sera battu de nombreux coups* », et d’autres de la même espèce. Ils formaient la base des prêches qui nous étaient destinés. En guise de premier commandement, on nous répétait d’obéir à nos maîtres, et en guise de deuxième, très similaire, de travailler autant lorsque nos maîtres et nos commandeurs nous surveillaient qu’en leur absence. Cet enseignement incluait aussi d’excellents préceptes mais ils se trouvaient mêlés à d’autres qui auraient sonné bizarrement aux oreilles de la Liberté. J’écoutais souvent les discours d’un pasteur épiscopalien, un homme d’une grande bonté. Il était très apprécié des gens de couleur mais, après l’avoir entendu nous prêcher, d’après la Bible, que c’était par la volonté divine, de toute éternité, que nous étions des esclaves et que nos maîtres étaient nos propriétaires, la plupart d’entre nous le quittèrent ; comme certains des premiers disciples vacillants du Christ, nous pensions : « Cette parole est dure : qui peut l’entendre ?** »

Lunsford Lane, The Narrative of Lunsford Lane, Formerly of Raleigh, N.C. Published by Himself, Boston, 1842, p. 20-21. Traduction française Hélène Tronc pour esclavesenamerique.org. Tous droits réservés.

* Citations du Nouveau Testament. Dans l’ordre : Éphésiens 6, 5  et 6, 6 ; Luc 12, 47.

** Jean 6, 60.

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