Skip to content

Ottobah Cugoano: Vendu pour un pistolet, du tissu et du plomb

18/07/2011

« Comme prévu, nous repartîmes le lendemain et marchâmes jusqu’à la nuit, en nous arrêtant pour dîner avant de dormir. Mon ravisseur avait un grand sac et de la poudre d’or, pour acheter des marchandises sur la côte et les transporter à Agimaque. Le lendemain, nous continuâmes de marcher et arrivâmes le soir dans une ville où je vis plusieurs blancs, ce qui me fit craindre d’être mangé, selon la croyance des enfants de l’intérieur du pays. Je passai une très mauvaise nuit ; le lendemain matin, je reçus de la nourriture et l’ordre de manger et de m’apprêter en vitesse car mon guide et ravisseur devait, comme il me l’avait annoncé, se rendre au fort en compagnie d’autres hommes pour acheter des marchandises. On m’ordonna de sortir.

Les horreurs que je vis et ressentis peu après sont indescriptibles ; je vis un grand nombre de mes misérables semblables enchaînés deux à deux, certains menottés, d’autres les mains liées derrière le dos. Un garde nous accompagnait. En arrivant au fort, je demandai à mon guide la raison de ma présence à cet endroit. Il me répondit que je devais apprendre les manières des brofo, c’est-à-dire des visages blancs. Je le vis alors m’échanger contre un pistolet, une pièce de tissu et du plomb, puis il me dit qu’il devait me quitter et s’en alla. Je pleurai amèrement ; on me conduisit rapidement dans une prison où je passai trois jours avec d’autres captifs, qui criaient et gémissaient. La scène qui se déroula à l’arrivée du bateau qui devait nous emmener au navire fut terrible ; on n’entendait que le cliquetis des chaînes, le claquement des fouets, les gémissements et cris de nos semblables. Certains refusaient de se lever lorsqu’on les fouettait et battait avec la plus extrême cruauté. J’ai oublié le nom de ce fort infernal mais le bateau qui était venu nous chercher nous emmena jusqu’à un navire prêt à appareiller à Cape Coast*. En montant à bord, nous vîmes plusieurs marchands noirs, mais nous fûmes tous conduits dans nos trous sans pouvoir parler à aucun d’eux. »

Ottobah Cugoano, Narrative of the Enslavement of Ottobah Cugoano, a Native of Africa ; Published by Himself in the Year 1787, Londres, 1825, p. 123-124. Traduction française Hélène Tronc pour esclavesenamerique.org. Tous droits réservés.

* Cape Coast: ville côtière de l’actuel Ghana.

Commentaires fermés