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Henry Bibb : Préface

14/06/2010

« Ce récit a été rédigé par intermittence au cours de mes voyages et de mes campagnes pour l’émancipation de mes compatriotes asservis. Le lecteur ne devra pas oublier que je n’ai aucune prétention littéraire ; je peux dire sans mentir que j’ai été formé à l’école de l’adversité, du fouet et des chaînes. L’expérience et l’observation ont été mes meilleurs maîtres, en dehors des trois semaines de scolarité dont j’ai bénéficié depuis que je me suis évadé du « cimetière de l’esprit » et de l’obscure prison de l’asservissement humain. Seule mon inlassable persévérance m’a permis d’écrire ce volume pour le public ; j’espère qu’avec l’aide de la Divine Providence il sera intelligible et instructif. Je remercie Dieu de m’avoir accordé la Liberté – réellement sans commune mesure avec l’esclavage. Passer du statut de marchandise à celui d’être humain n’est pas neutre, même si ce passage fut pour moi très simple. Si je pouvais atteindre les oreilles de tous les esclaves du continent américain, je n’aurais qu’une leçon à leur donner et je la ferais résonner aux oreilles de chacun de ces prisonniers héréditaires : « Brisez vos chaînes et envolez-vous vers la liberté ! »

On peut se demander pourquoi j’ai choisi d’écrire cette œuvre alors que tant de récits similaires ont déjà été rédigés et publiés par d’autres fugitifs. Et pourquoi publier mon histoire alors que je l’ai déjà racontée en public, dans toute la Nouvelle Angleterre et dans les États de l’ouest, à plusieurs milliers de personnes ?

Je répondrai que je n’ai nulle part raconté mon histoire en détail ; certains des événements les plus intéressants de ma vie n’ont jamais été exposés au public. Et c’est à la demande de nombreux amis dont l’humanité a été piétinée que j’ai entrepris d’écrire cet essai, afin que la lumière et la vérité soient faites, autant que possible, sur la nature pécheresse et diabolique de l’esclavage. J’ai aussi voulu consigner mon humble témoignage contre ce système qui détruit l’homme pour que les générations à venir puissent le lire lorsque mon corps décomposé reposera dans la poussière.

Je n’essaierai toutefois pas d’offrir une représentation trompeuse de l’esclavage en usant de sophismes pour prouver sa terrible cruauté. Car je suis persuadé que nul, chrétien ou esclavagiste, homme ou femme, ne pourra refuser d’admettre que c’est le système d’oppression et de tyrannie le plus despotique jamais toléré par une nation éclairée. »

Henry Bibb, Narrative of the Life and Adventures of Henry Bibb, an American Slave, Written by Himself, New York, 1849, p. xi. Trad. fr. Hélène Tronc pour esclavesenamerique.org. Tous droits réservés.

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